Les affiches moniteur de 12 fevrier 1999

Les donjons français


L'Hôtel du Département accueille jusqu'au 28 février prochain une remarquable exposition didactique consacrée aux "donjons français". Elle est le fruit de douze années de travaux réalisés par l'architecte allemand Bernhard Siepen et son association, la GIB, Gesellschaft für Internationale Burgenkunde (Société Internationale des Châteaux-Forts), basée à Aix-la-Chapelle. L'initiative de Bernhard Siepen s'éloigne de la démarche universitaire classique, et pourtant, en promouvant l'interdisciplinarité, elle vient l'enrichir de la meilleure façon. Ce qu'il privilégie, ce sont en effet les recherches "de terrain". Mesures sur site, correction de plan déjà existants, création de plans lorsqu'ils manquent : devant la démarche scientifique, plusieurs centaines de donjons et de châteaux français délivrent leurs secrets. Ensuite, la passion est partagée avec le public, grâce aux expositions et grâce à la magie des reconstitutions en volume.
Ce devant quoi le public s'extasie d'entrée à Strasbourg, pour peu qu'il s'intéresse à l'histoire de France, est l'extraordinaire maquette
 au 1/25è du  château de  Coucy.

La réalisation, monumentale - 5,40 m de long, 3,20 m de large et 2,40 m de haut -, avec. ses 2.000 figurines peintes à la main, vaut des heures de leçon, des pages et des pages d'ouvrages spécialisés. Et surtout, elle fascine, parce qu'il a fallu quatre mois pour la construire, brique par briqué, en se référant aux esquisses et aux plans des archives françaises. Le château de Coucy, en Picardie, l'une des plus importantes places fortes du Moyen Age (son donjon fut également le plus grand jamais élevé en Occident), détruit lors du premier conflit mondial par... les Allemands, a obligé la GIB à un patient labeur de confrontation des documents.
Mais pour nous, Coucy est encore debout. La scène, saisie sur le vif, se situe en 1339 : à cette date, dans les tout débuts de la guerre de Cent Ans, le château subit le premier siège qui l'ait vraiment menacé. Tout est là : l'ennemi anglois, les bannières, les corps-à-corps, les "hospices de campagne" pour les bléssés, les charrois, les machines d'assaut, les "cuisines de troupe", mais
aussi la vie courtoise protégée par les murs du donjon, avec dames et ménestrels, et la somptueuse    salle   des    chevaliers   aux

dimensions de cathédrale.
La visite continue ensuite au fil des panneaux explicatifs, du glossaire de l'architecture - hourds, bretèches, meurtrières, échauguettes, etc... à la carte de France des châteaux étudiés. Vingt-neuf donjons bénéiicient chacun d'une planche complète illustrée et de notices rigoureuses ; ces pièces maîtresses de notre patrimoine médiéval ont pour nom Falaise, Château-Gaillard, Gisors, les "cathares" Puivert et Quéribus, ou encore les Périgourdins Castelnaud et Bonaguil. Devant tant d'informations, on regrette l'absence d'un catalogue ; la GIB cependant promet l'édition d'un ouvrage. Que les férus patientent.

Veronique Bernard

Du lundi au vendredi de 10 h à 18 h ; les samedis et dimanches de 14 h à 18 h à l Hôtel du Département de Strasbourg. Entrée libre.

GIB-Bernhard Siepen : Grindelweg 4, D-52076 Aachen ; Tél. 00 49 241/60 45 00.